Canfranc

Posée de façon improbable au fond d’une vallée étroite des Pyrénées espagnoles, à quelques centaines de mètres de la frontière française, la gare « internationale » de Canfranc surprend par sa démesure. Encore en service, elle serait la deuxième plus grande d’Europe; or elle dessert un village d’à peine mille âmes et n’a plus d’international que le sobriquet.

Gare frontière entre la France et l’Espagne, le changement de train était obligatoire en raison d’écartements différents entre les deux réseaux. La volonté de prestige des espagnols a légué ces installations gigantesques : du temps de sa splendeur, la gare abritait hôtel de luxe, restaurants, bureaux de poste des deux pays, mais aussi de grands quais de transbordement pour les marchandises, une rotonde…

Dès son ouverture en 1928, l’exploitation est décevante : tout au plus une cinquantaine de passagers par jour. Bien que cet itinéraire soit – sur une carte – le plus court entre Paris et Madrid, le profil de la ligne rend les temps de parcours peu attractifs. L’Histoire n’a pas non été clémente : crise économique de 1929, guerre civile espagnole, 2e guerre mondiale (où la ligne a vu passer une partie de l’or nazi emmené en Espagne et au Portugal, comme l’attestent de vieux papiers découverts récemment dans une annexe), jusqu’à ce qu’un accident côté français donne un prétexte à la SNCF pour fermer « provisoirement » la ligne en 1970 et scelle le destin de la gare, qui est abandonnée totalement en 1982.

Comble de l’ironie, les bus venant d’Oloron via la vallée d’Aspe ne correspondent même pas avec les deux autorails quotidiens des chemins de fer espagnols. Longtemps serpent de mer, la réouverture de la ligne côté français semble se préciser tout doucement : la section Pau-Oloron a été régénérée il y a quelques années, une petite partie va être rouverte prochainement et des opérations de débroussaillage sur le reste de la ligne ont été menées. La gare, quant à elle, devait être transformée en un ensemble comprenant entre autres un hôtel de luxe. Le chantier avait commencé, a donné un nouveau toit au bâtiment mais en a fait une coquille vide. Mais une autre crise s’en est mêlé : celle de 2008 qui a touché l’Espagne de plein fouet, et le projet a été abandonné si subitement que des ouvriers ont laissé derrière eux leur casque et leurs outils. En attendant une hypothétique reconversion, les installations sont ouvertes à tous les vents…

Pour aller plus loin, un article très complet sur le sujet

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